Partager l'article ! François Bayrou a voté contre la réforme des retraites, mais déplore "la théâtralisation" et la perte de pouvoirs de l'Assemblée: 16 septe ...
16 septembre 2010
François Bayrou était l'invité ce jeudi de Jean-Michel Aphatie sur RTL.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Bayrou.
François Bayrou : Bonjour.
Les députés ont adopté, hier, la réforme des retraites. Vous-même vous avez voté "contre" cette réforme, François
Bayrou...
Oui.
... Mais ce qui a retenu l'attention de l'opinion publique, c'est la journée folle qu'a vécue l'Assemblée nationale : des cris, des
invectives, des insultes. Vous étiez dans l'hémicyle, François Bayrou, comment avez-vous vêcu cette journée ?
J'étais dans l'hémicycle. D'abord, en un mot, j'ai voté "contre" la réforme des retraites parce qu'elle comporte une injustice, notamment à l'égard
des femmes qui est le report à 67 ans de l'âge auquel elles auront le droit de faire valoir leurs acquis pour une retraite proportionnelle. On dit toujours : à taux plein.
A taux plein ; mais en fait, ce n'est pas tout à fait ça.
A taux plein, mais ce n'est pas vrai. C'est proportionnel au nombre d'annuités qui ont été suivies.
Donc, c'est ce qui a motivé votre vote négatif. Mais le climat, le comportement ?
Le climat, le comportement... Une de ces grandes journées théâtrales dans laquelle on a l'impression que chacun des deux camps se drape dans sa dignité, se lève
pour insulter l'autre camp. Ca ne fait pas beaucoup avancer les choses. Il y avait , hier, une faute qui a été la faute de la présidence de l'Assemblée nationale et puis aussi, du gouvernement,
parce que tout ça était en connivence évidemment de la Majorité qui a été d'interdire aux députés qui n'étaient pas d'accord avec le texte de faire valoir leurs arguments jusqu'au
bout...
Au mépris du règlement. Il y a un article qui prévoit qu'avant le vote, chaque député a cinq minutes pour parler.
... Parce que c'est contre le règlement. Chaque député a cinq minutes. Pour nous qui n'appartenons pas aux groupes principaux en dépit du nombre de voix important
que nous représentons, évidemment c'est précieux (et l'un des nôtres l'a dit)...
Faute de la présidence.
Et donc, faute de la présidence...
Donc de Bernard Accoyer.
... et de la Majorité, et du gouvernement.
Et voir les députés socialistes courir dans les couloirs après Bernard Accoyer, c'est tout de même assez bizarre comme image !
Une théâtralisation un peu choquante, voilà. Tout le monde voit bien que ça signifie une chose, c'est que le Parlement, en France, ne remplit pas son rôle en raison
d'un déséquilibre des institutions qui fait que tout se passe à l'Elysée et rien au Palais-Bourbon, ou en tout cas, rien d'important, rien d'essentiel au Palais-Bourbon. On a voté ce texte très
important du déplacement 60 à 62 ans, il y avait moins de un sur dix des députés dans l'hémicycle. Et donc, vous voyez bien que ça signifie qu'il y a quelque chose qui ne marche pas. Et quand
quelque chose ne marche pas, il faut porter son regard sur le changement.
Mais ça, l'absentéisme parlementaire, ça ne date pas d'aujourd'hui. Mais enfin, c'est un autre débat.
Cela ne date pas d'aujourd'hui, c'est nourri par le cumul des mandats. Tant qu'on ne traitera pas cette question, on n'y arrivera pas ; et sans doute probablement,
enfin les députés ont-ils non pas le sentiment mais la certitude qu'ils ne servent à rien puisque même les amendements qu'ils devaient adopter ont été écrits à l'Elysée, le matin, pour être
adoptés l'après midi à l'assemblée nationale au vu et au su de tout le monde. Et vous voyez bien que ça ne marche pas, en tout cas que ça n'est pas nos principes.
On a l'impression, François Bayrou, que tout le monde est très nerveux et que les mots peuvent parfois dépasser la pensée de leurs auteurs. Par exemple,
Dominique de Villepin donne une interview au Télégramme de Brest, ce matin ; et je voudrais vous soumettre une phrase de Dominique de Villepin : "En tant que Gaulliste, dit-il, on ne peut
accepter que la chienlit s'installe au sommet de l'Etat".
Aff !!!
Qu'est-ce que vous en pensez ?
On a parfois l'impression que tout le monde débloque en même temps.
Ah ! C'est grave alors ?
Et je dis "débloque", peut-être on aurait pu trouver d'autres mots...
... Déconne !
... Plus familiers.
Allez, on va le dire. Voilà.
En même temps, on évoque... Quelquefois on dit : fasciste, nazi, et puis chienlit, et puis... Bon, je crois que... Il y a une très belle phrase de Camus que j'aime
(en tout cas, qu'on prête à Camus, parce que je ne suis pas sûr qu'elle soit de Camus, en tout cas, je n'ai pas trouvé la citation).
On va lui attribuer ce matin. Allez !
Mais une très, très, très phrase... Et très, très juste phrase... et qui dit : "Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs du monde".
Qu'est-ce qui s'installe au sommet de l'Etat si ce n'est pas la chienlit, alors d'après vous ?
Il y a une attitude politique que je considère comme malsaine et un déséquilibre des pouvoirs qui n'est pas acceptable. Attitude politique malsaine, c'est qu'en
effet - comme Alain Duhamel l'a dit - on a mis en scène cette affaire des Roms pour en faire un emblème du énième acte de la politique du gouvernement. Et alors, nous nous trouvons dans une
situation où il faut voir ce qui s'est passé. Les institutions européennes dans leur rôle, l'Allemagne dans son rôle, les Etats-Unis hier...
Exact.
... Ont pris la France pour cible, de commentaires qui étaient des commentaires qui sont des commentaires extraordinairement déplaisants. Alors, si c'est seulement
le climat, on s'en fiche ! Mais ceci entraine quelque chose de très grave qui est : perte d'influence de la France dans les relations internationales. Au lieu d'être une France de références, au
lieu d'être une France qui donne une orientation dont la voix pèse ; tout d'un coup, c'est une France rapetissée et ciblée, eh bien cette restriction de la France, elle ne sert pas nos intérêts.
Aucun intérêt : ni économique, ni commercial, ni culturel, ni politique dans le monde. C'est donc : atteindre à l'image de la France, c'est atteindre à la réalité de la France.
Pour en finir, François Bayrou, parce qu'il y a des informations...
Pour en finir !!! (rires)
... Notre entretien ce matin, parce qu'on ne va pas passer la journée ensemble !
Je vous assure qu'on n'en finira pas...
Pour terminer notre entretien, ce matin, puisqu'il y a de l'information un peu de tous les côtés, lepoint.fr mettait cette info en ligne, hier soir : "Après
Bayrou et Dupont-Aignan pour la constitution d'un groupe à l'Assemblée nationale, Villepin est en pourparlers avec des députés du Nouveau Centre". Et on se dit : quelle
tambouille!
C'est une tambouille, et il faut éviter la tambouille. Alors, il faut clarifier les idées. J'ai dit que j'étais ouvert à cette idée de groupe sans être complètement
persuadé que ça se fera. Vous avez entendu et y compris à votre micro, le ton de réserve parfois que j'ai eu parce que j'attends de voir qu'on passe des déclarations aux actes, mais j'ai dit que
j'étais ouvert, avec une direction simple, et cette direction, c'est : nous sommes là pour proposer une alternance au pays. Ce qui est en train de se vivre ne va pas. Je vous l'ai dit, ça
déséquilibre le pays et ça déséquilibre le pays jusque dans la vie des gens. La conséquence ultime, c'est la vie des gens : c'est l'emploi, c'est l'éducation qui marche moins bien et c'est la
démocratie qui marche moins bien.
Donc, nous sommes là pour proposer une alternance. Donc tous ceux qui acceptent clairement de dire : nous ne soutenons plus ce qui est en train de se passer et nous
franchissons le pas, ceux-là sont les bienvenus dans un esprit positif et pluraliste...
Dupont-Aignan et Bayrou : on se dit : "ensemble, dans un groupe ?"
Eh bien écoutez, peut-être que ça vous choque...
Non, ça ne me choque pas ; ça m'amuse davantage que ça ne me choque...
Mais je vais vous dire : je connais Nicolas Dupont-Aignan. Très bien, il a été mon chef de cabinet autrefois.
Ah ! Ah !
J'ai beaucoup de points de rencontre avec lui, sauf un, parce qu'il est anti-européen de manière - à mon avis - un peu irréfléchi. Donc... Mais pour le reste, c'est
un garçon que je respecte et dont je suis sûr qu'il a son mot à dire dans la reconstruction que nous avons à conduire.
Vous savez si Dominique de Villepin a démissionné de l'UMP ou pas puisque vous lui avez demandé ? Il vous l'a dit ? Non ? Il ne vous l'a pas dit
?
Je n'ai pas eu le sentiment que telle était sa décision.
Tout le monde déconne ! C'est fini, avec François Bayrou, ce matin. Bonne journée.

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