Partager l'article ! François Bayrou : "L'alternance donnera de l'espoir aux gens": 3 décembre 2010 Ce vendredi, François Bay ...
3 décembre 2010
Ce vendredi, François Bayrou fait le bilan de l'année écoulée et évoque 2011, dans une longue interview accordée à La République des Pyrénées. De la crise
morale française à l'état de santé du Béarn, découvrez les propos du président du Mouvement Démocrate.
Quel bilan de santé du pays effectuez-vous ?
« Il faut se rendre à l'évidence. Dans aucun secteur de la vie du pays, la situation n'est meilleure qu'en 2007 : l'éducation, l'emploi, la situation des quartiers, l'intégration des jeunes venus
d'ailleurs, la situation des familles, les fins de mois difficiles, la sécurité. Partout, soit les choses stagnent, soit elles reculent. Tout cela dans un climat de forte démoralisation. Les gens
n'y croient plus. Parfois, ils ne croient même plus aux revendications. Ceux qui disent qu'on est sorti de la crise sont à mille lieux de la réalité. De surcroît, il y a l'absence de l'Europe, la
décomposition de la volonté européenne. C'est au moment où nous en aurions le plus besoin, qu'il n'y a plus personne pour la conduire au service d'un idéal. »
Y- a t-il une crise morale en France ?
« Oui car les valeurs qui ont fait le France ne sont plus respectées. Elles sont oubliées. La rupture de Sarkozy, c'était de laisser derrière nous les valeurs
françaises pour aller rejoindre le modèle américano-anglosaxon dans lequel le marché et sa violence dirigent tout. Cela est arrivé précisément au moment où ce modèle s'est effondré. La crise
morale vient de ce que le peuple, les classes moyennes s'aperçoivent du gouffre qui existe entre la réalité de leur vie et ceux qui, au sommet, accumulent privilèges et avantages. Ce monde est
impitoyable pour les petits et très indulgent pour les puissants. Or je vous affirme ceci : sans justice, pas d'avenir. »
Rejoignez-vous l'analyse de Dominique de Villepin pour lequel Sarkozy est un problème pour la France ?
« J'ai des différences substantielles avec Dominique de Villepin : il s'est trouvé au coeur de ce pouvoir pendant plus d'une décennie. Il a appelé à voter pour
Nicolas Sarkozy. Comme vous le savez, au nom des valeurs auxquelles je crois, j'ai fait un autre choix et cela n'a pas été facile tous les jours. Je ne crois pas qu'il faille considérer Nicolas
Sarkozy seulement comme la cause de cette situation. Il est aussi un symptôme de la dégradation de l'état du pays. Il a, au fond, tenu à l'opinion publique le langage de transgression qu'elle
voulait entendre.
Il y a deux grandes catégories d'hommes politiques : ceux qui pensent que la fin justifie les moyens et ceux qui croient, au contraire, que les valeurs éthiques
sont centrales et que l'on doit aux citoyens la vérité : Jacques Delors, Michel Rocard, Raymond Barre, Pierre Mendès-France. C'est là qu'est ma famille. »
Après les derniers revers électoraux du MoDem, ce parti fait-il le poids pour proposer une autre voie ?
« Si notre message est fort et vrai, la réponse est oui. Pour l'instant, le paysage politique français est très mouvant. La création de l'UMP a abouti à ce que
j'avais prédit, la mise à l'écart des naïfs qui n'étaient pas dans le noyau dur du parti et l'effacement de leurs idées. Le premier jour, à Toulouse, lors du congrès fondateur de l'UMP, je
l'avais dit : « Si nous pensons tous la même chose, c'est que nous ne pensons rien ». En face, le programme du PS, c'est un chèque promis à chaque paragraphe.
Ce sont des promesses mirobolantes qui ne seront pas respectées. Et les divisions se multiplient comme jamais avec la multiplication des candidatures aux primaires.
Il faut donc une proposition politique équilibrée, pas extrémiste, qui oblige les deux partis dominants à changer. Bien sûr, c'est un défi. Mais nous avons un atout : dans l'élection
présidentielle, ce ne sont pas les partis qui pèsent. C'est la voix des candidats qu'on entend, et c'est tout un pays qui juge. C'est la seule élection où le peuple ne soit pas prisonnier des
partis. »
Le MoDem a t-il les moyens financiers pour mener une nouvelle campagne présidentielle ?
« Le MoDem est le seul parti politique qui a les moyens d'être réellement indépendant de l'UMP et du PS. Le choix a été fait dès le premier jour : chez nous, il n'y
aura jamais un euro qui vienne de ces partis. Nous ne devrons notre liberté qu'à nous-mêmes. Et il n'y aura jamais un euro dont l'origine soit douteuse ou opaque. C'est pourquoi nous sommes
libres. »
Quel est l'enjeu de l'année 2011 pour le pays ?
« Éviter qu'on ne s'enfonce dans la crise et commencer à préparer une alternance qui donne de l'espoir aux gens. Attention aux pays sans espoir. Ce qui a été montré
depuis 2007 a été profondément destructeur d'une certaine idée de la France. C'est pourquoi je me fixe comme mission d'être optimiste, et constructeur. »
En 2011, le centre apparaît en morceaux. Y a-t-il une recomposition possible ?
« Sans doute oui. Mais, attention, on ne peut pas utiliser le mot centre à tort et à travers. Le centre, c'est la résistance à la domination simpliste du droite
contre gauche. Si vous voulez que le bateau France tienne la mer, il lui faut une quille, il faut un puissant parti au centre, autonome, capable de proposer sa propre voie et ensuite d'envisager
des alliances.
« Mais il ne s'agit pas seulement de « rassembler les centristes », comme on le dit parfois. Il faut rassembler bien au-delà. Je regarde les sociaux-démocrates, les
gaullistes d'idéal, les républicains, les écologistes équilibrés, toutes ces sensibilités humanistes, et je sais qu'il faudra qu'elles se rassemblent. Je les connais tous et je sais qu'entre eux,
il y a beaucoup de points communs. Le jour venu, ce sera la solution pour le pays. »
François Bayrou s'est exprimé sur la querelle "béarnisants" et "occitanistes" :
« Cette querelle est à pleurer. Voilà une langue menacée de disparition, et ceux qui l'aiment se partagent en deux camps, occitans contre béarnais, qui se
combattent à mort! Les choses sont pourtant simples : notre langue, c'est le Béarnais. Le Béarnais est une langue gasconne. Le gascon appartient à la famille occitane, la famille des langues
d'oc, qui viennent directement du latin dont elles ont hérité la "musique", (l'accent tonique remontant), et une bonne part du vocabulaire.
Dans les calandretas ce qu'on transmet, sous le nom générique d'occitan, c'est le Béarnais, ce n'est pas une langue artificielle! Il est temps de cesser les guerres
de religion ! Si mes amis pouvaient arrêter de se disputer et tous convenir que le seul enjeu qui vaille, c'est de sauver nos langues, alors j'en serais très heureux. »
Quel diagnostic posez-vous sur l'état de santé du Béarn ?
« Le Béarn va mieux que nombre de régions. L'aéronautique a tenu bon pendant la crise. L'agroalimentaire reste puissant. Total apporte un centre de recherches de
niveau mondial. Mais il nous manque des apports d'emplois nouveaux. On ne découvre pas Lacq tous les jours ! Notre grande question, aussi bien locale que nationale, c'est de produire chez nous,
au plus haut niveau industriel. C'est pourquoi j'aime Turbomeca, ou Messier, par exemple. L'enjeu, c'est de fournir du travail aux jeunes et en particulier de donner un regain d'attractivité à
l'université. »
Etes-vous favorable à la construction d'une nouvelle route entre Pau et Oloron ?
« Je soutiendrai tous les efforts qui seront faits en ce sens. J'ai souvent eu des interrogations sur la possibilité de construire rapidement cette liaison ; ces
interrogations se vérifient. Mais sans états d'âme, je soutiendrai les efforts de ceux qui veulent sauver le bassin industriel d'Oloron. En outre, j'ai la conviction que nous verrons un jour le
TGV circuler sur la Pau-Canfranc. Parmi les traversées des Pyrénées, c'est celle qui peut être réalisée dans les meilleurs délais et au moindre prix. Ce sera de surcroît un hommage aux
visionnaires qui l'ont construite. »
La future ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Pau doit-elle passer par Orthez ou faut-il réaliser un barreau direct vers Pau ?
« Il y a au moins trois questions : si l'on choisit la liaison directe Mont-de-Marsan Pau, c'est à l'horizon de quinze ou vingt ans, et encore, quand on connaît les
finances de Réseau Ferré de France, on est peu rassuré. Que fait-on en attendant ? Sans oublier que ce tracé impose de déplacer la gare. D'autre part, la question de l'irrigation du centre du
Béarn par le train, je refuse de l'abandonner. Enfin il me paraît important d'avoir une ligne TGV qui longe les Pyrénées d'ouest en est, reliant Bayonne à Marseille et à l'Italie. C'est la
conviction de M. Poulit et je partage son sentiment. Si vous mettez toutes ces données ensemble, vous voyez un plan nouveau se mettre en place. »
Le département n'a jamais été aussi près de basculer à gauche. Etes-vous inquiet pour la majorité départementale ?
« Ce qui se passe depuis trois ans au conseil général, camp contre camp, 26 contre 26, ne m'enthousiasme pas. Le bon équilibre du Parlement de Navarre est au
centre, en n'hésitant pas à associer des élus du centre gauche et du centre droit. Quand je présidais cette assemblée, le budget a été voté sans aucune voix contre, des années de suite. L'effort
de rassemblement était reconnu.
Notre région exige de l'équilibre et de l'ouverture. Donner tout le pouvoir à un seul parti, c'est courir le risque de perdre cet équilibre. C'est pourquoi je
m'engagerai pour soutenir mes amis de Forces 64. »
Approuvez-vous l'alliance locale du Modem avec l'UMP?
« En situation de responsabilité, j'aurais évidemment essayé de faire naître des équations plus larges. Les collectivités locales ne doivent pas être un lieu
d'affrontement droite-gauche. Quand on le fait on dénature la mission de ces collectivités. »
Propos recueillis par H.B, J.-M F. et J.M

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