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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 11:31

 

4 décembre 2011

 
François Bayrou

 

François Bayrou était l'invité de l'émission Le Grand Jury, sur RTL et LCI en partenariat avec Le Figaro, dimanche 4 décembre. Il a défendu "la reconquête de la production française" et prôné "un label qui indique la part du produit provenant de notre sol".

 

"Il n'y a pas une crise, mais deux. On se trouve à leur épicentre. D'une part une crise française, car nous ne produisons plus suffisamment, d'autre part une crise de la zone euro. Cette dernière n'est pas celle de la monnaie, mais de la dette accumulée par les Etats. Le secteur privé n'est pas en cause, les responsables sont les gouvernants. Le monde s'est aperçu que les Etats européens ne pouvaient pas rembourser leur dette et qu'un pays en difficulté n'était pas protégé, alors le doute s'est installé", a d'abord analysé le député des Pyrénées-Atlantiques.

"Dans cette situation explosive, c'est une erreur de penser que l'Europe peut se conduire à deux. On ne peut pas avoir deux pays qui s'instituent en patrons, de manière condescendante. Nous avons tous vu les images de ces conférences de presse franco-allemandes qui n'aboutissent à rien. Le couple franco-allemand doit être un ferment, un entraineur, mais pas se placer en commandant. Dans les circonstances actuelles, il faut défendre le modèle communautaire. Ce modèle, c'est la méthode coopérative que nous connaissons bien dans le monde agricole. Elle permet de conserver la liberté de chacun tout en construisant un outil commun", a-t-il défendu.

"J'ai été humilié lorsque l'Europe a demandé l'aide de la Chine. On a besoin d'un sursaut de fierté et d'indépendance. C'est de nos seules forces qu'on s'en tirera. L'Europe est le premier marché et la première démocratie au monde", a poursuivi François Bayrou.

"Il faut des mesures européennes fortes. D'abord, sécuriser la dette des Etats de la zone euro, puis permettre aux Etats en difficulté de se refinancer à des taux acceptables, pour qu'ils puissent se reconstruire. Si les taux d'intérêts augmentent, nous ne pourrons plus en assumer la charge. En échange de ces taux abordables, il doit y avoir un dialogue exigeant entre les prêteurs et les Etats en difficulté. Je prône notamment une Cour des comptes européennes, qui vérifie la véracité des chiffres fournis par les États", a proposé le candidat centriste.

"La France est vis-à-vis de ses voisins dans une situation au bas du tableau, elle décroche, car elle ne produit plus suffisamment. Nous devons rééquilibrer nos comptes et retrouver l'élan de notre production. En ce sens, le programme de François Hollande est insoutenable, il ne sera pas appliqué car il n'est pas applicable, il sera ruiné par la réalité", a pointé le président du Mouvement Démocrate.

"Pour ma part, je ne propose pas du sang et des larmes, bien au contraire, je propose le seul chemin vers l'optimisme. Trois axes sont pour moi essentiels : baisser les dépenses publiques raisonnablement, augmenter les impôts raisonnablement, donner un élan fort à notre production. La France dépense 1050 milliards d'euros par an, elle doit économiser 50 milliards pour revenir à l'équilibre, c'est un but qu'il est possible d'atteindre. Je soutiens le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, mais pas de manière aveugle. La réforme de l'État ne peut pas se faire à périmètre constant, l'Éducation notamment doit être sanctuarisée. L'éducation est vitale pour le pays, je ne la mets pas au même rang que les autres administrations du pays", a-t-il insisté.

"Le gaspillage de l'argent public doit être combattu au niveau de l'État, des ministères, du Parlement, des collectivités. Les deux grands partis ont toutes les collectivités locales, presque tout le Parlement, ils se sentent intouchables dans leurs gaspillages. En matière de réforme des collectivités locales, j'ai été le premier à proposer une rencontre entre les départements et régions. Les régions doivent devenir des fédérations de départements, aujourd'hui la région est trop loin des citoyens", a soutenu François Bayrou.

"Nous devons également aller à la reconquête de notre production. Ce n'est pas normal que la France ait une image de marque inférieure à celle de l'Allemagne. Nous avons des atouts, notamment dans le secteur culturel. Les films d'animation, les jeux vidéos, les programmes numériques, c'est aussi ça la production française. Nous devons recréer de l'attractivité pour une production française positionnée sur le haut de gamme. Il n'est pas normal que les produits français est une image de qualité inférieure à celle des produits allemands. Les citoyens doivent être acteurs de cette reconquête. Il faut comprendre que acheter Français, ce n'est pas un gros mot, c'est une démarche civique ! Je défends pour cela la transparence, au travers d'un label que je détaille dans mon livre 2012, état d'urgence. On a fait un label Bio, un label Commerce équitable. Je souhaite un label Produit en France qui indiquerait la part du produit provenant de notre sol", a-t-il conclu.

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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 15:23

 

2 décembre 2011

 
François Bayrou

François Bayrou a réagi avec vigueur au discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Toulon, qui constitue selon lui "la fin de l'Europe communautaire" et "le renoncement pur et simple aux principes de la construction européenne".

 

"C'est un discours qui apparaissait au premier abord comme un discours de campagne, construit sur des théories économiques fumeuses, comme celle qui voudrait que la globalisation financière ait été inventée pour corriger les ravages de la mondialisation, alors qu'elle en est l'un des visages et la condition même", a analysé le président du Mouvement Démocrate, en commentant l'intervention la veille à Toulon du chef de l'Etat.

"Mais, a-t-il ajouté, tout cela au fond aurait été banal s'il n'y avait eu la deuxième partie qui, sur l'Europe, est un renoncement pur et simple à tous les principes de la construction européenne". "Ce discours sur l'Europe, aucun pays européen et aucun citoyen conscient des enjeux ne peut le laisser passer", a-t-il martelé.

"Ce que Nicolas Sarkozy annonce, ou plutôt ce qu'on lui fait dire, c'est en toutes lettres la fin de l'Europe communautaire, celle où les pays sont dans une démarche coopérative et participent tous ensemble à la marche en avant de l'Union, celle aussi où des institutions sont en charge de défendre l'intérêt général européen en dialogue avec les légitimes intérêts nationaux", a poursuivi François Bayrou.

"Or ce que Nicolas Sarkozy dit, c'est que désormais, on fera l'Europe intergouvernementale et on comprend, entre les lignes, que c'est de l'intergouvernemental à deux, entre la France et l'Allemagne", fait-il valoir. Pour lui, "cette démarche est offensante pour les autres pays européens, totalement incrédible parce que personne ne l'acceptera, et fait courir un très grand risque de crise".

Pour le candidat centriste, "il y a eu beaucoup de dérives de la construction européenne et elles sont principalement le fait des traités de Nice et de Lisbonne qui l'un et l'autre sont indirectement ou directement l'oeuvre des gouvernements auxquels Nicolas Sarkozy participait ou qu'il présidait". "L'impression que j'ai à l'écoute et à la lecture de ce discours, c'est que dans une démarche irréfléchie, on danse sur une champs de mines", a-t-il conclu.

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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 10:11

 

1 décembre 2011

Marielle de Sarnez

Marielle de Sarnez, vice-présidente du Mouvement Démocrate et eurodéputée, a pointé le manque d'ambition européenne et de plan cohérent face à la crise, dans le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Toulon, jeudi 1er décembre.

"Je ne suis pas convaincue par ce discours. Les Français sont extrêmement inquiets et je ne sais pas si Nicolas Sarkozy le ressent vraiment. Situation économique désastreuse, chômage très important, problème du pouvoir d'achat… Nous sommes dans une crise de l'euro, de l'Europe et de la dette", a-t-elle d'abord rappelé.

"L'Élysée nous avait annoncé un discours qui allait faire date, qui s'attaquerait aux problèmes de fond, qui serait une réponse à tout cela. Or, je n'aperçois pas de réponse ce soir. Je n'aperçois ni vision globale, ni plan d'ensemble avec des actions concrètes et cohérentes, qui permettraient de sortir la zone euro et en particulier la France de cette crise", a analysé l'eurodéputée.

"Je sais qu'il y a aura des efforts à faire en France, nous le disons depuis longtemps avec François Bayrou, mais nous avons aussi besoin d'une réponse européenne forte. Je ne l'ai pas aperçue ce soir. J'ai le sentiment qu'au fond nous ne maîtrisons pas notre destin, que nous ne le prenons pas à bras le corps et que nous attendons les positions d'Angela Merkel", a-t-elle pointé. "J'ai beaucoup de respect pour l'Allemagne, j'ai conscience de l'importance de l'axe franco-allemand, mais je ne crois pas à l'approche de Nicolas Sarkozy d'une Europe intergouvernementale. J'attendais que l'on renoue avec l'esprit communautaire, d'une Europe plus solidaire, plus unie, plus politique. Je n'ai pas non plus entendu cela ce soir", a-t-elle déploré.

Pour la première vice-présidente du Mouvement Démocrate, "c'est une évidence qu'il faut davantage de discipline de la part des États européens, mais pourquoi Nicolas Sarkozy ne l'a-t-il fait et fait respecter, depuis qu'il est élu ? Il y a eu une grande légèreté des dirigeants politiques français ces trente dernières années, de la part de la Gauche et de la Droite, y compris du président sortant. Cela fait des années que nous dépensons plus que ce que nous avons. Évidemment que cela provoque des déséquilibres", a-t-elle fustigé.

"Cette question de la dette, elle ne s'improvise pas, elle n'arrive pas soudainement aujourd'hui. Elle est là, années après années, depuis maintenant plus de trente ans. Gouverner, c'est prévoir. On ne peut pas dire que Nicolas Sarkozy ait répondu à cette question", a conclu la députée européenne.

Par MoDem - Publié dans : Actualités - Communauté : Mouvement Democrate
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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 09:45

 

1 décembre 2011

 
François Bayrou

François Bayrou était l'invité de la matinale de France Info, jeudi 1er décembre. Il a appelé à "un gouvernement d'union nationale, comme en temps de guerre, où se réunissent les bonnes volontés du pays".

D'abord interrogé sur la situation européenne, le leader centriste a fustigé "les grandes déclarations de Nicolas Sarkozy sur la refondation du capitalisme". "Qu'en reste-t-il ? Quel résultat ? Rien. Il devait réguler les marchés financiers, réguler le rapport de force entre les monnaies, contrôler les agences de notation, ... Il n'en a rien été", a estimé François Bayrou.

Pour le président du Mouvement Démocrate, en Europe, "le couple franco-allemand s'est de nombreuses fois agité. Certains ont même parlé de couple 'Merkozy". Mais il n'a pas permis à la zone euro de fonctionner". "Je défends l'idée d'une Europe coopérative. Tous les pays doivent être associés. Ils doivent assurer ensemble aux Européens et au monde entier que la zone euro est une zone de sécurité", a-t-il souligné. Le député des Pyrénées-Atlantiques a pointé une série de mesures concrètes qui permettraient selon lui d'éviter une aggravation de la crise : "Nous devons garantier aux pays en difficulté, non pas des subventions, mais des prêts à des taux raisonnables qui leur permettront de se redresser. En contrepartie, nous devons exiger de leur part davantage de discipline, au travers d'un dialogue renforcé entre les gouvernements concernés et les autorités européennes."

"L'Europe est le premier marché économique et la plus grande démocratie du monde. Lorsque la Californie est en faillite, les Etats-Unis n'appellent pas au secours le FMI ! J'ai eu honte lorsque l'Europe a demandé l'aide de la Chine. Aide que la Chine a par ailleurs refusé d'apporter. Il est nécessaire que l'Europe soit autonome et solidaire. Elle en a les ressources et la capacité", a-t-il poursuivi.

En France, "il est impossible d'affronter les difficultés qui viennent, sans un gouvernement d'esprit d'union nationale. L'affrontement d'un bloc contre l'autre n'aboutit à rien. Ce n'est ni la pratique du gouvernement actuel, ni l'alternance classique qui nous permettront de nous en sortir. Nous avons besoin d'un gouvernement comme en temps de guerre, où se réunissent les bonnes volontés du pays. Les femmes et les hommes politiques qui peuvent s'entendre sur les grandes stratégies pour l'avenir du pays doivent travailler ensemble", a-t-il appelé avec conviction.

"L'essentiel, à l'occasion de l'élection présidentielle qui arrive, c'est qu'on pose aux citoyens la question de leur avenir", a-t-il conclu.

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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 10:33

 

 

30 novembre 2011

 
François Bayrou

François Bayrou détaille son plan économique et sa vision de la construction européenne, dans une interview accordée au quotidien La Tribune et publiée mercredi 30 novembre.

 

Vous qui êtes un européen convaincu, pensez-vous que nous nous trompons de construction européenne depuis 1992 ?
En 1992, les peuples européens ne se sont pas trompés. Donner à l'Europe une monnaie unique était une démarche visionnaire qui a permis pendant des années d'apporter protection et vigueur à la zone euro. On a commencé à se tromper à partir du traité de Nice, puis du traité de Lisbonne. L'Europe est devenue illisible, et ses dirigeants n'ont pas su arrêter une stratégie claire, forte et solidaire face à la crise.

Dans le contexte de crise actuelle vous mettez en cause le fonctionnement de l'UE. Pas les marchés financiers ?
Les banques et les marchés financiers sont responsables de la crise de 2008. C'est indiscutable et sévèrement condamnable. Ils se sont lancés dans une politique déraisonnable, de prêts hasardeux et de contagion virale par l'intermédiaire de produits financiers tout aussi risqués et opaques. Mais dans la crise de 2011, la vérité oblige à dire que ce ne sont pas les banques qui ont "planté" les Etats mais les Etats qui ont "planté" les banques. Ce sont les États aveuglés et laxistes qui ont accepté une dette insoutenable, et exercé une pression forte et constante sur les banques pour qu'elles souscrivent sans limite et aux taux les plus bas possible, aux obligations d'Etat. Cette déraison généralisée a mis le feu à la maison. Et les États sont incapables de trouver une réponse construite et fiable.

Comment en est-on arrivé là ?
Il y a eu dès les premiers jours de la crise une faute stratégique. Dès lors qu'on s'accommodait à l'idée qu'un Etat de la zone euro pourrait faire défaut, même partiellement, il devenait évident que la contagion du soupçon allait s'introduire à l'intérieur de la zone. Et dans une zone économique et monétaire, la contagion du soupçon est mortelle. Ce que je défendais dès le premier jour il y a deux ans c'était que les institutions de la zone euro devaient à tout prix, avec toutes les contreparties nécessaires, assurer la dette des Etats qui la composent. Il fallait, et il faudra de toutes façons, que la BCE, ou une institution adossée à la BCE, devienne l'assureur de cette dette, en permette le renouvellement le temps nécessaire au redressement, et que cette assurance soit équilibrée par des injonctions adressées aux Etats concernés pour qu'ils fassent le nécessaire pour retrouver leur équilibre national.

La BCE a racheté de la dette, pas loin de 200 milliards d'euros...
Oui, mais en le faisant sans le dire, tout en le laissant vaguement entendre. Cette absence de stratégie claire était périlleuse, en particulier pour nous car parmi les Etats de la zone euro, le pays dont la distance était la plus grande entre la réalité et sa réputation, entre sa notation et ses chiffres réels, c'était la France. La crise majeure ainsi créée débouchera sans aucun doute et inéluctablement sur l'intervention de la BCE. On fera au final ce que l'on aurait du faire depuis le début mais cela coûtera 30 fois plus cher. L'Europe et la zone euro vont mal. Il y a là quelque chose de très confus, chaotique, inefficace et impuissant, alors qu'on attend exactement le contraire : clarté, capacité, rapidité, efficacité, lisibilité. C'est pourquoi il faudra des changements institutionnels et surtout de pratiques institutionnelles.

C'est-à-dire ?
Le premier critère en démocratie, c'est qu'on sache qui fait quoi. En installant à la tête des institutions européennes des dirigeants sans notoriété et sans lisibilité, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, pour se mettre eux en avant, ont commis une faute politique. Il faudra un vrai président pour l'Europe. Président élu au suffrage universel, ou, dans un premier temps, élu par un congrès représentant à parité les parlements nationaux et européen, qui donnera à l'Europe un visage et une vision de l'avenir, et auprès de qui les citoyens puissent se faire entendre.

Vous envisagez un scénario catastrophe ?

Mais au scénario catastrophe, on y est. Qui peut prétendre aujourd'hui que la situation de l'Europe est satisfaisante, ou même à peu près correcte ? Il faudra, qu'on le veuille ou pas, sécuriser la dette souveraine des États de la zone euro. Il faudra donc inventer un mécanisme de coresponsabilité, notamment sur les sujets économique et budgétaire, entre les Etats membres de la zone euro et les institutions de celle-ci. Il n'est pas réaliste de croire qu'un abandon de responsabilité fera que « Bruxelles » commandera à la place des dirigeants dans les pays qui les ont élus. Il n'est pas imaginable que le pouvoir politique soit transféré à des techniciens encore moins à des mécanismes aveugles. Les peuples ne l'accepteront pas. C'est en Européen de conviction et d'engagement que je vous le dis. J'ajoute que si j'avais été en responsabilité, jamais je n'aurais accepté que le FMI entre dans le sauvetage de la zone euro.
La BCE s'y est opposée....
Jean-Claude Trichet avait raison. C'est un abaissement de l'autorité et de la légitimité de la zone euro. C'est du même ordre que d'avoir adressé des suppliques à la Chine. Dans l'histoire, on ne s'en tire au bout du compte que par ses seules forces. En rassemblant ses volontés et sa fierté.

Comment jugez-vous la manière dont Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont traité l'ancien Premier ministre grec, Georges Papandréou ?
Il avait fait une faute en n'avertissant pas - c'est d'ailleurs controversé - qu'il envisageait un référendum. Mais j'ai trouvé maladroite sa mise en accusation publique et sa mise au ban de l'Europe et le mépris qui l'accompagnait. Pour moi, le référendum était une démarche démocratique et juste. L'Europe ne s'en sortira qu'avec les peuples, et en retrouvant une authentique démarche communautaire.

Vous êtes à nouveau candidat à la présidence de la République. Quel regard portez-vous sur la situation économique et sociale de la France ?
Ce qui me frappe, c'est l'absence de réflexion et de prévision sur la situation du pays et sur les causes de ses faiblesses : déficit, dette, chômage, modèle social en crise, absence de capacité fiscale, etc. Or, la cause de tous ces maux est parfaitement indentifiable : on ne produit plus en France et, partant, on a laissé se créer une hémorragie cataclysmique du commerce extérieur. Cette situation relève d'un double paradoxe. Premièrement, la France est l'un des pays les plus technologiquement avancés au monde. Nous savons faire des fusées, des avions, de la pharmacie, des voitures. Nous avons gardé le sommet de la pyramide de production, mais nous en avons perdu la base. C'est cela qui est la cause de notre déstabilisation. Deuxièmement, ce n'est pas le chemin qu'on suivi les autres pays européens. L'Allemagne, l'Italie, la Belgique, avec la même monnaie et les mêmes salaires que les nôtres, ont gardé de larges gammes de produits. Nous c'est table rase. Tous ces problèmes sont liés. Un pays qui voit s'enfuir 75 milliards d'euros de ses ressources nationales, notre déficit commercial, et dans lequel, parallèlement, il y a une augmentation constante du nombre des foyers, cela conduit à une baisse du pouvoir d'achat, au chômage, à une crise des service publics. Alors la tentative désespérée, c'est le déficit pour continuer de soutenir un niveau de vie qui, en réalité, n'est plus équilibré par suffisamment de ressources. Et au bout du chemin, il y a le surendettement.

Que préconisez vous alors ?
On ne peut pas redresser le pays, y compris ses finances, sans un plan pour se remettre à produire en France. Dans tous les domaines, agricole, industriel, culturel, numérique, de services. Il faut à tout prix équilibrer notre commerce extérieur. Certes, c'est très compliqué. Cela exige que l'on fasse de ce sujet une obsession nationale. J'en viendrais volontiers à repenser un Commissariat au Plan, un lieu où tous les acteurs concernés seraient appelés à se retrouver pour définir une stratégie nationale de soutien à la production. Nous avons des grandes entreprises qui maîtrisent les technologies les plus contemporaines. Grâce à des mises en réseau, elles devraient pouvoir les mettre à disposition des PME. Nous avons aussi la chance d'avoir des réseaux de distribution parmi les plus puissants de la planète, c'est un impératif national qu'ils portent une part de la production de notre pays. Ensuite, il y a un travail énorme à consentir sur l'image de marque de nos produits, comme l'a fait l'Allemagne qui jouit d'une compétitivité hors coût nettement supérieur. Il faut impliquer le consommateur français en mettant en place un label qui lui permette une consommation responsable. Il faut reprendre et stabiliser notre droit du travail, inadapté, trop complexe et trop changeant, ce qui décourage les investisseurs. Ce que nous avons à assumer est du même ordre de grandeur qu'au moment de la reconstruction du pays à la Libération. Et cela exigera des réponses politiques inédites.

Justement, sur le thème de la compétitivité, quelle est votre position sur l'instauration d'une "TVA sociale" ?
J'ai autour de moi des défenseurs acharnés de la TVA sociale, comme Jean Arthuis. Moi, je suis moins convaincu. Mais le débat est ouvert. Les transferts envisagés n'entraîneraient qu'une baisse marginale du coût du produit, peut être de l'ordre de un pour cent, mais risquent, en revanche, d'être lourds pour le consommateur. Je crois au contraire de mes amis que la question du coût du travail n'est pas la plus fondamentale, et heureusement, s'agissant de la créativité du pays.

Quelles sont vos autres orientations en matière fiscale et sociale ?
D'abord, il faut rappeler que c'est dans la baisse des dépenses que se trouvera la première étape du rééquilibrage. Sur les plus de mille milliards de dépense publique, on doit économiser 50 milliards (c'est à peine 5 pour cent), ventilés en 20 milliards pour l'Etat, 20 milliards pour la Sécurité Sociale et 10 milliards pour les collectivités locales. Rien de tout cela n'est facile, mais dans un plan d'ensemble, sérieux, cohérent, 5 pour cent d'économies, c'est accessible. Mais il est vrai qu'il faudra aussi des recettes supplémentaires : je préconise, s'agissant de l'IRPP de porter à 45 pour cent l'actuelle tranche à 41 pour cent et je souhaite, à partir d'un haut niveau de revenu, une nouvelle tranche à 50 pour cent. Je pense aussi qu'il faudra augmenter le taux de TVA normal de deux points. Il faudra bien par ailleurs regarder les niches fiscales où de 20 à 25 pour cent d'économies peuvent être trouvées. Au total, on devra récupérer 50 milliards par an.

Et l'impôt sur la fortune ?
Mon projet en matière d'ISF est très simple : attribuer au patrimoine, hors outil de production, un revenu théorique annuel, par exemple de 0,5 pour cent, et l'introduire dans le revenu imposable de l'IRPP.

Sur les retraites quelle est votre position ?
La réforme des retraites est à faire, l'actuelle n'est en réalité pas financée et ne règle rien à long terme. Je souhaite aller vers un régime par points, individualisé, à droits acquis reconnus.

Que pensez-vous du débat sur la place du nucléaire dans l'énergie en France ?
Cela demande une réflexion de fond, sérieuse. Quelle est la question environnementale principale ? Si les scientifiques ont raison, la première menace, c'est celle du réchauffement de la planète par l'émission de gaz à effet de serre dus à l'utilisation massive de carburants fossiles. De manière stupéfiante, ce débat semble avoir disparu. La question du nucléaire doit être étudiée à cette aune. La part du nucléaire dans la consommation d'énergie en France n'est que de 16 à 17 pour cent. Plus de 75 pour cent provient des énergies fossiles (essence, diesel, fuel, charbon...).

Pour le nucléaire, si nous avions de vraies assurances sur la sécurité des centrales - sécurité prise au sens large -, je considère que ce serait une bonne énergie de transition entre la situation actuelle et l'énergie la plus décarbonée possible dans trente, quarante, cinquante ans. J'espère qu'à une ou deux générations s'ouvrira le temps des énergies sans nuisance (solaire, éolien, hydrolien, biomasse, géothermie, hydrogène). Pour l'instant, le compte n'y est pas. Car s'il s'agit de remplacer la production d'électricité nucléaire par de l'électricité produite à partir du carbone fossile, on va à l'encontre de l'objectif principal que l'humanité doit poursuivre pour lutter contre le réchauffement climatique.

Pour autant, les politiques ont le devoir de poser deux questions sur le nucléaire. Première question : est-ce que les opérationnels sont capables de maîtriser le disjoncteur. C'est-à-dire d'être capable à 1.000 pour cent d'interrompre la réaction nucléaire s'il y a un accident et, ensuite, d'être capables, la réaction interrompue, de continuer à refroidir le cœur pendant le temps nécessaire. Deuxième question tout aussi importante : existe-t-il un scénario crédible à l'échelle des prochaines générations - trois, quatre générations - de retraitement des déchets nucléaires. Je veux bien que l'on prenne le risque de confinement pendant trois ou quatre générations mais nous ne pouvons pas accepter que, pendant 10.000 à 20.000 ans, la planète se trouve soumise à cette menace silencieuse. L'humanité peut s'engager pour quelques générations, elle ne peut pas s'engager pour des milliers d'années.

Il faut donc organiser un débat national autour du « mix » énergétique. Nous avons le droit et le devoir comme nation d'y réfléchir, de trancher au Parlement ou par referendum, mais ce que je récuse absolument c'est que l'on règle cela sur un coin de table entre des gens qui ne savent même pas ce qu'ils écrivent.

Si vous êtes élu, que ferez-vous de la loi Hadopi ?
Les droits d'auteurs, tout le monde y est sensible. Mais je n'ai jamais cru à Hadopi. Prétendre contrôler les pratiques d'internautes sur Internet est dangereux, et cela ne se fera pas. Cela signifierait un contrôle perpétuel sur les échanges privés. Il y avait le peer-to-peer, maintenant c'est le streaming que l'on veut contrôler, après ce sera quoi ? L'idée d'une licence globale, qui dégage une ressource chargée de compenser le manque à gagner des créateurs, a toujours eu ma préférence. Ainsi le téléchargement devient légal et les créateurs n'y perdent pas. Cette solution est d'ailleurs en train de se mettre en place, sans intervention de l'État, avec des sites comme Spotify ou Deezer, qui contre abonnement donnent accès à la totalité de la musique produite, avec versement aux auteurs et interprètes à proportion du nombre d'auditions. Cela se fera aussi pour le cinéma.

Que répondez-vous quand Hollande vous propose d'entrer dans son gouvernement ?
Ou que l'UMP fait de même... La même chose : je suis candidat pour changer le scénario dont on voudrait nous faire croire qu'il est déjà écrit, le perpétuel UMP/PS. Et j'ai fait la preuve que c'était possible. Deuxièmement, ce que révèlent ces appels divers c'est une réalité : ils savent bien, les uns et les autres qu'ils ne pourront pas gouverner dans la crise qui vient avec la majorité qu'ils affichent. Les temps sont exceptionnels, il faudra une réponse exceptionnelle, inédite, plus large, plus rassembleuse, c'est cette certitude qui me fait me présenter devant les Français.

Par MoDem - Publié dans : Actualités - Communauté : Mouvement Democrate
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