14 avril 2011
François Bayrou était l'invité de la matinale de la radio RTL, jeudi 14 avril.
Il a rappelé que pour lui "l'élection présidentielle est la seule dans laquelle le pays prend en main le destin qui va être le sien". "Il dit, sous la forme du choix d'un homme
ou d'une femme, ce qu'il veut pour l'avenir", a-t-il poursuivi.
Bonjour François Bayrou,
Bonjour,
Alors, hier Nicolas Sarkozy devant les députés UMP vous a rangé, je le cite, "au cimetière de ceux qui avaient un projet présidentiel".
Que lui répondez-vous, ce matin ?
D'abord, je n'ai pas à répondre à des considérations que Nicolas Sarkozy fait devant son parti pour regonfler les troupes qui ont le moral bien à
plat aujourd'hui....
Ce n'est pas très sympa de vous ranger au cimetière.
... par la multiplication des candidatures au sein de la majorité. Non. Je veux dire simplement qu'avoir un projet pour la France, c'est le
défendre à l'élection présidentielle parce que c'est la seule élection dans laquelle le pays prend en mains le destin qui va être le sien et dit "voilà ce que je veux pour mon
avenir". Et il le dit, non pas sous la forme d'idées abstraites, lointaines, de mots qu'on ne comprend pas ; il le dit sous la forme d'un homme ou d'une femme, d'une
personnalité. Et il dit "celle-là ou celui-là représente ce dont j'ai envie, me dit des choses que je sens vraies et j'ai envie de le suivre dans le chemin qu'il propose". Voilà
pourquoi l'élection présidentielle est tellement importante. Alors il y a des côtés un peu...
donc ce que fait Nicolas Sarkozy ça vous fait sourire.
.. il y a des côtés un peu dérisoires, naturellement, dans tout ça. La multiplication des candidatures, une par jour aujourd'hui, c'est la saison
des champignons. D'habitude, la saison des champignons c'est à l'automne. Là, on est dans la saison des champignons de printemps. Et les champignons de printemps c'est un
candidat par jour qui, naturellement, fait les Une des journaux...
Nicolas Hulot, hier.
.. et puis fait un petit tour et puis disparaît. Je crois que ce qu'il faut dans une élection aussi importante pour la France c'est qu'il y ait,
au travers du temps, une constance, une solidité qui fait qu'on sait où les gens se trouvent et quel est le projet qu'ils défendent.
Nicolas Hulot, donc, a annoncé sa candidature, hier. Jean-Louis Borloo c'était la semaine dernière. On va dire qu'il a fait un pas vers
2012. Lequel est le plus dangereux pour vous ?
Ni l'un ni l'autre.
Vous n'avez pas peur d'eux ?
Je n'ai peur de personne et d'abord, si vous avez peur, vous ne songez pas ou vous ne regardez pas l'élection présidentielle. J'ai fait deux
élections présidentielles, je sais exactement ce qui se passe. Il y a tout le temps des vocations à la candidature. Regardez, il y a quelques semaines c'était Hervé Morin dont
vous disiez qu'il était candidat et puis aujourd'hui il a disparu. C'est comme ça l'élection présidentielle.
Ces gens-là ne seront pas sur la ligne de départ ?
Non, je ne veux pas le dire comme ça. Je n'ai pas envie de parler de manière condescendante ou méprisante des gens qui, après tout, ont bien le
droit de dire qu'ils en ont envie. Mais entre en avoir envie et que la démarche choisie soit claire aux yeux des Français, alors là il y a une très grande marge. Par exemple,
vous parliez de candidature au sein de la majorité : sont-ils dedans ou dehors? Et si vous êtes dedans, alors les gens disent "mais pourquoi vous vous présentez puisqu'au fond
vous voulez la réélection de la majorité en place?" Le choix que j'ai fait depuis longtemps c'était de dire que ce projet, ces choix politiques qui étaient ceux de Nicolas
Sarkozy, ils amèneraient la France dans une situation extrêmement difficile pour son avenir. Et on le voit. Il y a quelques mois, années, Nicolas Sarkozy disait "le plus
important de mon action c'est le bouclier fiscal" Aujourd'hui, il retire le bouclier fiscal.
On va en parler.
Et donc, toutes ces choses...
Quand il dit que "la situation, il la sent bien", pardon, il se trompe ?
Non, je n'ai pas envie de dire ça. D'abord Nicolas Sarkozy n'est pas un candidat secondaire. C'est quelqu'un qui a déjà eu cette expérience, qui
sait ce qu'il fait. Je crois simplement que ce qu'il a proposé à la France montre aujourd'hui son échec dans à peu près tous les domaines de la politique suivie. Pas dans tous,
mais à peu près dans tous les domaines de la politique suivie. Il est obligé de revenir en arrière. Cela rend sa démarche illisible, mais il revient en arrière parce que le pays
dans ses profondeurs ne supporte pas ce qu'on l'a conduit à faire.
Alors, sur la politique fiscale, il décide d'alléger l'ISF, il revient en arrière ?
En tout cas, il supprime le bouclier fiscal. Et heureusement. Il n'aurait jamais dû le créer.
Cela veut dire qu'il n'est pas borné, au fond, non ?
Voilà. Si vous voulez le dire comme ça. Je ne sais pas si ça lui fera plaisir. Moi, je ne veux pas employer des mots qui soient des mots
désagréables. Je veux dire simplement ceci : le compte n'y est pas. J'ai regardé de près la manière dont on prétendait remplacer l'ISF, et je considère, moi, que ce sont des
annonces mais que c'est pas du tout la réalité qui va être suivie ; qu'il faudra donc trouver pour remplacer cet ISF - qui était payé par les ménages qui ont un patrimoine
mettons entre 800.000 et 1 million 3 - il va falloir trouver de l'argent. Et cet argent, pour l'instant, je considère qu'on ne l'a pas trouvé. Et c'est donc aux classes moyennes
ou aux petits salariés qu'on risque de demander un effort. J'ai toujours considéré que l'ISF comme geste de solidarité était nécessaire, qu'il y avait des moyens de le faire
beaucoup plus juste qu'il ne l'était et beaucoup plus, au fond, rassurant pour l'ensemble des Français du point de vue de la justice. Et pour l'instant, le but n'est pas
atteint.
François Bayrou, verser 1.000 euros de prime à des salariés quand une entreprise verse des dividendes à ses actionnaires : ça, ça va dans
le bon sens ?
Bon, je ne sais pas ce que ça veut dire. Je suis obligé de vous dire que ça voudrait dire que la presque totalité des petites et moyennes
entreprises sont laissées de côté dans cette affaire-là ; que l'on demande un effort à des entreprises qui versent des dividendes à leurs actionnaires - je trouve ça bien - en
pensant aussi que si on est dans un système comme le nôtre, il en faut des actionnaires pour investir, pour acheter des machines, etc. Mais pour l'instant, je ne sais pas ce que
ça veut dire pour la grande majorité des salariés français. J'ai l'impression que c'est une annonce et, là encore, que la réalité est très loin d'être suivie.
Alors je sais qu'il y a un sujet qui vous tient à coeur ce matin, c'est la prostitution. Sujet très discuté à nouveau dans la presse ce
matin. Faut-il ou pas pénaliser les clients. En fait : c'est ça la question ?
C'est aux journalistes que ça tient à cœur. Toutes les Unes des journaux ce matin...
A vous aussi.
... ce matin sont sur ce sujet. Oui, à moi aussi.
Ça vous intéresse.
Je vous indiquais avant d'entrer dans le studio que je ne crois pas à un monde qui est un monde aseptisé dans lequel il n'y a plus de pulsion,
dans lequel tout est régulé et tout est bloqué par des lois qui sont le reflet d'une bonne conscience des législateurs alors même que la pression mercantile de la publicité et
de toutes autres sortes de profits sur le domaine de la sexualité en général s'accroît. Alors vous avez d'un côté des gens qui multiplient les pressions pour pousser les gens à
des pulsions qu'ils ne contrôleront pas ; et de l'autre des annonces vertueuses de cette manière-là. Moi, je trouve que ce monde-là n'est pas un monde qui comprend la manière
dont l'Humanité fonctionne. Hélas, il y a beaucoup plus de misère que ça. On ne les aide pas, on fait semblant de les effacer d'un coup d'éponge sur l'ardoise et tout ceci n'est
pas une démarche équilibrée.
Merci, on l'aura compris. Merci François Bayrou.
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