Marielle de Sarnez, députée européenne et 1re vice-présidente du Mouvement Démocrate, était l'invitée de RFI, lundi 13 décembre au
matin.
RFI Bonjour Marielle de Sarnez.
Marielle de Sarnez
Bonjour.
RFI
Le congrès du Modem a eu lieu hier à Paris, le président du mouvement démocrate, François Bayrou a été reconduit avec un score très confortable,
puisqu’il était le seul candidat à sa succession, près de 95 pour cent des voix, est-ce que vous voulez donner peut-être un autre exemple par rapport à ce que l’on voit dans
d’autres partis politiques ? Je pense au Parti socialiste.
Marielle de Sarnez
Ecoutez, dans tous les cas, nous avons un leader et j’en suis extrêmement heureuse, nous avons un leader, nous avons un projet, nous avons une
équipe, et donc il s’agit maintenant, dans les 18 mois qui viennent, qui vont être extrêmement importants, de créer les conditions d’un changement de politique dans le pays, et
de pouvoir faire émerger, ça va être le combat qui est le nôtre pour les mois qui viennent, au fond, une majorité nouvelle, qui gouvernerait le pays différemment avec une
majorité différente de celle de l’UMP, mais une majorité différente aussi de celle d’un Parti Socialiste que je trouve franchement plutôt tourné, on va dire, vers le passé sur
le plan idéologique que vers l’avenir, pas très ouvert.
Il y a cet espace, très important, entre l’UMP et le PS, et nous souhaitons faire émerger, voilà, cette majorité nouvelle.
RFI
Il y a un espace important, vous le dites, mais c’est un espace qui est également convoité, on entend beaucoup de centristes qui ont été un peu
victimes du dernier remaniement ministériel, on les entend convoiter cet espace, les Hervé Morin, Jean-Louis Borloo, comment est-ce que le Modem peut s’entendre ou se
ré-entendre…
Marielle de Sarnez
D’abord ce n’est pas une question de partis, ce n’est pas la question du Mouvement Démocrate. C’est une question de la France et des
Français.
Est-ce qu’on est satisfait de la direction qu’a prise Nicolas Sarkozy ? Est-ce que l’on sera satisfait de son bilan dans deux ans ?
Est-ce que l’on voudra que Nicolas Sarkozy continue d’exercer la fonction de Président de la République avec la même politique ? Ou est-ce que l’on aura envie d’un
changement en profondeur, d’une nouvelle façon de penser, de faire de la politique, d’un Etat plus impartial, d’une vraie séparation des pouvoirs, d’une vraie indépendance
garantie de la Justice, bref, de remettre des principes, aussi, dans la façon de gouverner le pays, c’est ça la question.
A partir du moment où certains qui ont pu s’égarer ci ou là, se rendraient compte que la ligne choisie par Nicolas Sarkozy n’est pas la bonne, et
qu’ils ont envie de travailler, de construire à l’émergence d’une majorité nouvelle, et bien s’ils sont de bonne foi, évidemment les portes seront grandes ouvertes.
RFI
Oui les portes sont ouvertes s’ils sont de bonne foi, c’est-à-dire que pour l’instant, vous avez repéré quelques personnes qui pourraient être de
bonne foi, selon vous ?
Marielle de Sarnez
Comment vous dire. Les faits parlent toujours d’avantage et mieux que les discours et donc les discours, au fond, sont ce qu’ils sont. Le moment
venu, est-ce que l’ensemble de ces responsables auront à cœur de soutenir à nouveau Nicolas Sarkozy, c’est ce qu’ils disent aujourd’hui, c’est en tous les cas la musique qu’ils
font entendre, ou est-ce qu’ils considéreront qu’il faut offrir un choix nouveau aux Français ?
S’ils considèrent qu’il faut un choix nouveau aux Français, et bien à ce moment-là, on parlera ensemble.
RFI
Dans son discours devant les militants du Modem, hier, François Bayrou disait que la porte était ouverte, mais pas seulement aux centristes mais à
différentes familles, c’est toujours le même discours par rapport à 2007 ?
Marielle de Sarnez
Oui, bien sûr, je veux dire, on ne va pas résumer ça simplement aux centristes, il y a des millions de Français qui ne se retrouvent pas, au fond,
dans la politique suivie aujourd’hui par l’UMP, et qui ne se retrouvent pas non plus dans la politique proposée par le parti socialiste.
Et bien à ces millions de Français, il nous faut, nous pouvons construire quelque chose ensemble, quelque chose de différent de ce qui se fait en
France depuis des décennies, avec cet espèce d’affrontement que je trouve très dépassé de l’UMP contre un Parti socialiste qui n’a pas assez changé, d’une UMP qui est revenu sur
ses fondamentaux aussi, un peu RPR, d’une gauche qui ne veut pas évoluer. Et bien moi je dis que les français méritent mieux que tout cela.
RFI
Il y a donc cet espace que vous appelez de vos vœux, il y a ces Français qui sont un petit peu désabusés, pourquoi est-ce qu’ils devraient
s’orienter vers le projet que vous proposez que vers celui, par exemple, que propose Marine le Pen, qui est très haut dans les sondages, quand même, on a l’impression qu’elle
veut profiter de ce sentiment un peu de déjà-vu des Français.
Marielle de Sarnez
Les Français sont désabusés, ils ont cru, je crois, à un moment, aux promesses du candidat Nicolas Sarkozy, mais ce qu’ils voient aujourd’hui,
c’est que tous les grands sujets ou les grands secteurs de la vie publique française, je prends la question de l’école, où on a eu des résultats, mais absolument catastrophiques
dans ce rapport de l’OCDE, qui est un rapport très objectif, je pense à la question des banlieues, je pense à la question de l’intégration, je pense à la question de l’emploi,
je pense à la question de la production, vous en parliez à l’instant avec l’article des Echos qui dit que l’on achète nos voitures ailleurs et qu’au fond, ce n’est pas la
production française qui marche.
Sur tous les grands secteurs de la vie économique, sociale, sociétale française, au fond les problèmes se sont plutôt aggravés que l’inverse,
qu’améliorés. Alors Nicolas Sarkozy n’est pas le seul responsable, la crise est passée par là, mais enfin, notre pays doit être redressé, et pour ce redressement, pour ces
réformes, il faudra de la justice, il faudra de la vérité, il faudra de l’honnêteté et je crois que c’est ce que François Bayrou incarne.
RFI
Alors je suis désolé de revenir là-dessus, mais c’est elle qui a fait l’actualité ce week-end, Marine Le Pen, en comparant la prière des musulmans
dans les rues françaises à l’occupation allemande, qu’est ce qu’on peut penser de ça ? Ce sont des paroles à usage interne pour l’élection de la présidence du Front
National ?
Marielle de Sarnez
Oui, je pense, c’est une partie de l’explication.
Mais en même temps, on voit bien que toutes les droites extrêmes et ça se passe dans toute l’Union Européenne, essayent de jouer, disent-elles,
sur un sentiment de rejet des autres, sur un sentiment d’islamophobie, et je trouve ça, effectivement, extrêmement dangereux, nous devons, aujourd’hui, en France, vivre
ensemble, quelques soient les origines de ceux qui forment notre pays, nous sommes une communauté et notre avenir il doit être vu, vécu, pensé comme un avenir
ensemble.
Et donc, au fond, antagoniser les uns contre les autres fait beaucoup de tort à notre pays, les français ont envie d’une France apaisée dans
laquelle chacun trouve sa juste place.
RFI
Marine Le Pen, selon un dernier sondage, était à 27 pour cent d’opinions favorables en France, c’est plus que son père n’ait jamais été, c’est
inquiétant pour vous ?
Marielle de Sarnez
Ecoutez, je vois qu’on essaye dans tous les médias depuis quelques jours, de faire monter Marine Le Pen, d’ailleurs on peut s’interroger sur tout
cela, je trouve ça un petit peu étonnant, nous verrons bien.
Si nous sommes forts, nous, qui ne sommes pas les partis traditionnels, qui ne sommes pas les partis institutionnels, qui ne nous reconnaissons
pas, au fond, dans cette manière peut-être, de gouverner, comme les élites aujourd’hui, en France, et dans cet espèce de deux poids, deux mesures, selon que l’on soit puissant
ou moins puissant, on voit bien que les choses ne se déroulent pas de la même façon.
Si nous sommes forts, et bien nous ferons baisser les extrêmes. Et les Français retrouveront une voix plus apaisée et plus
rassembleuse.
RFI
Alors, très rapidement, Marielle de Sarnez, est-ce que la France est complètement à l’abri d’une crise comme celle qui frappe l’Irlande, comme
celle qui frappe la Grèce ?
Marielle de Sarnez
Alors, nos fondamentaux sont plutôt meilleurs, mais en même temps, dire que le jeu de dominos va s’arrêter à la porte d’un pays, d’un Etat-membre
de l’Union, ce sont des mots que je ne prononcerai pas.
On est fragiles, parce que l’on a une dette extrêmement importante, parce que les intérêts de notre dette sont extrêmement lourds, c’est quasiment
le premier budget de l’Etat aujourd’hui, 45 milliards d’euros. Et qu’il suffirait d’augmenter de quelques points par exemple, l’argent que nous empruntons, le taux de l’argent
que nous empruntons, pour qu’effectivement, on se retrouve devant une dette encore plus compliquée.
Donc nous n’avons pas bien géré depuis 10 ans, mais il faut que l’Europe gère mieux et plus solidairement.
RFI
Merci Marielle de Sarnez.
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